Primaire à droite : un débat qui ne chamboule rien

///Primaire à droite : un débat qui ne chamboule rien

Primaire à droite : un débat qui ne chamboule rien

Sept protagonistes bien préparés, deux heures et demie d’antenne, peu d’interpellations directes : le premier débat de la primaire de droite a débouché sur une émission austère et sans relief. Plus qu’à l’animation des débats, c’est au respect des règles du jeu qu’ont veillé les trois journalistes-animateurs : un pari réussi, les sept candidats ayant chacun terminé l’émission avec une quinzaine de minutes au compteur. En dépit de quelques échanges plus saillants, notamment sur les affaires, les rapports de force ne sortent guère bouleversés de l’émission, occasion surtout de se familiariser avec les «petits candidats» de la primaire de droite.

 

Un sondage Elabe pour BFMTV, publié après l’émission et demandant aux téléspectateurs de désigner le candidat le plus convaincant, livrait d’ailleurs un classement proche de celui des dernières intentions de vote : Juppé en tête (35%), suivi de Nicolas Sarkozy (21%), Bruno Le Maire (15%), François Fillon (13%), Nathalie Kosciusko-Morizet (7%), Jean-Frédéric Poisson (6%) et Jean-François Copé (3%).

Le bilan de la soirée, vue par Libération:

Juppé en toute tranquillité

Il n’avait pas grand-chose à gagner dans cette confrontation… Ni vraiment besoin de marquer des points. Favori des sondages, Juppé y est allé sans risque. Sans chercher à prendre la parole ou à se faire remarquer. Résultat: il n’a pas commis d’impair, ce qui était sans doute la priorité qu’il s’était assigné. Le maire de Bordeaux s’en est particulièrement bien tiré à deux moments qu’il avait très probablement minutieusement préparés.

Alain Juppé lors du débat sur TF1.

Photo Albert Facelly pour Libération

D’abord lorsqu’il s’est défendu sur sa condamnation judiciaire en 2004 dans l’affaire des emplois publics à la mairie de Paris, assumée sans détours: «Tout le monde connaît la condamnation qui m’a été infligée. […] Depuis, je me suis soumis au suffrage universel à plusieurs reprises. J’ai été battu une fois, j’ai gagné trois fois. […] Aujourd’hui, les Français ont la décision au bout de leur bulletin de vote. S’ils estiment que ma faute me disqualifie, ils ne m’éliront pas», a-t-il assumé.

Puis, en conclusion, sur «l’identité heureuse», son concept, très décrié par ses rivaux et sur lequel il choisit depuis deux mois de se démarquer: «Faisons-nous confiance. Je veux vous conduire sur le chemin de l’espérance d’une France puissante qui crée des emplois. […] Si nous faisons les grands changements nécessaires, la France redeviendra ce pays où il fait bon vivre.»

Sarkozy crispé

Manifestement tendu, pour une fois contraint de partager la scène et le temps de parole, Nicolas Sarkozy n’est pas apparu à son avantage durant ce débat. L’ex-président jouait pourtant gros, tant il reste distancé par Alain Juppé dans les dernières enquêtes d’opinion. L’ex-président n’a pas commis d’erreur manifeste durant ce débat, sa rugosité a tranché avec le calme, voire l’onctuosité, de la plupart de ses concurrents. Surtout, si les attaques personnelles sont restées peu nombreuses, la plupart d’entre elles ont sifflé aux oreilles de l’ancien président, notamment au chapitre des affaires judiciaires.

Jean-François Copé, notamment, a longuement fait comprendre qu’il se serait interdit toute candidature à la présidentielle en cas de mise en examen. «Je n’ai jamais été condamné, mon casier judiciaire est vierge et depuis cinq ans, je suis le Français le plus observé, perquisitionné, interrogé», s’est plaint l’ancien chef de l’Etat. Qui a en outre été le seul participant à se voir à plusieurs reprises recadré sur son temps de parole, à l’image d’une soirée où l’ex-président aura semblé chercher sa place.

Poisson et son quart d’heure de célébrité

Candidat le moins bien placé dans les sondages, Jean-Frédéric Poisson aura fait mieux que de la figuration dans ce débat. Inconnu du grand public, le représentant du Parti Chrétien-Démocrate a réussi sa prestation, s’exprimant sans complexe face à des adversaires plus capés. Et parvenant à justifier sa candidature par un positionnement politique original vis-à-vis du reste du plateau : très franchement conservateur sur les questions sociétales, plus mesuré sur les thématiques économiques et (forcément) ouvert sur la laïcité.

Jean-Frédéric Poisson sur TF1.

Photo Albert Facelly pour Libération

NKM, Le Maire et Fillon ne renversent pas la table

Pour eux, ce premier débat était primordial. Bruno Le Maire et François Fillon y venaient pour tenter de décrocher leur place de troisième homme. Kosciusko-Morizet, qualifiée de justesse à la primaire, voulait prouver qu’elle avait bien sa place dans la compétition et que sa sensibilité politique méritait d’y être défendue. Si ce n’est son slogan un peu facile («Le recyclage ça marche pour les déchets, pas pour les idées.»), l’ex-ministre s’est montrée plutôt punchy en préambule et en conclusion. Pour promouvoir «sa droite moderne», «alliée au centre» par contraste avec «une droite chimiquement pure»: «La nostalgie n’est pas un projet, la France est grande quand elle invente ce qui vient», a-t-elle lancé. Très offensive sur la polémique des électeurs de gauche qui viendraient noyauter la primaire, elle a appelé à participer massivement: «Ils veulent choisir les électeurs alors que ce sont aux électeurs de choisir les candidats. Ne vous laissez pas faire.» Mais sur le fond des sujets, la différence NKM a rarement été de nature à marquer les esprits. Certes, elle est celle qui parle le plus des travailleurs indépendants ou à ne pas promettre de supprimer l’Impôt sur la fortune, qu’elle veut transformer. Et si elle défend le principe du droit du sol, elle se dit favorable à l’assimilation.

Photo Albert Facelly pour Libération

Quant à François Fillon, il espérait être le vainqueur de cette soirée, s’imposer comme le réformateur radical et serein, capable des plus grandes audaces.  Pas sûr qu’il y soit parvenu. Car il a dû subir la pénible question sur les accusations des journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet d’avoir demandé au secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, d’accélérer les procédures judiciaires contre Sarkozy. «M. Jouyet est un menteur.  […]  J’ai honte pour mon pays quand je vois que le président se livre à des accusations médiocres», a répondu Fillon. Champion de la baisse de la dépense publique, il a maintenu que la suppression de 600 000 postes de fonctionnaires était une priorité et que cela passait par l’augmentation de leur temps de travail de 35 à 39heures.

Lors du débat de la primaire à droite sur TF1, jeudi soir.

Juppé-Fillon (photo Albert Facelly pour Libération)

Pour ce qui est du renouveau, créneau préempté par Bruno Le Maire, on a beaucoup entendu le slogan… sans le sentir réellement dans les propositions défendues par l’ex-ministre de l’Agriculture. En conclusion du débat, il a soutenu, sans vraiment le démontrer, que le choix du candidat à la primaire serait crucial pour «la France des vingt prochaines années». «Les approximations, changements de pied permanents, on n’en peut plus. Le compromis, la tempérance, le grand rassemblement qui va conduire à l’immobilité, on n’en peut plus non plus. Le renouveau c’est maintenant que ça se joue.» Une manière de renvoyer dos à dos les deux favoris de la primaire. Pas sûr qu’il parvienne, à ce stade de la campagne, à les rattraper. Sur le sujet sensible des affaires, les journalistes avaient choisi de lancer le débat en interrogeant Le Maire sur sa proposition de rendre obligatoire la publication des casiers judiciaires des candidats à la présidence de la République.  «Et pourquoi pas? on demande bien leur casier à ceux qui veulent devenir fonctionnaire», s’est-il maladroitement défendu alors qu’on le soupçonnait, à juste titre, d’avoir voulu piéger Juppé – qui n’a pas esquivé de lui répondre nettement.

Bruno Le Maire sur TF1.

Photo Albert Facelly pour Libération

Copé a cogné

Il n’avait rien à perdre. Il a été, de fait, le plus agressif, le plus pugnace et, d’une certaine manière, le plus créatif de cette soirée. Usant et abusant de la possibilité qui lui était offerte de réagir et d’interpeller. Il a d’emblée, pointé sa déception après le quinquennat de Sarkozy. Bien décidé à «mettre les pieds dans le plat», il a notamment dénoncé la frilosité de Nicolas Sarkozy et de son Premier ministre François Fillon en 2010, quand il s’est agi d’imposer par la loi l’interdiction de la burqa. Ce fut l’occasion d’une réplique cinglante d’un Sarkozy visiblement exaspéré: «Jean-François, ce n’est pas toi qui nous as imposé la loi sur la burqa et tu n’étais pas en mesure d’imposer quoi que ce soit».

Alors qu’était débattue la question de la lutte contre le terrorisme, il s’est dit «en désaccord total» avec ses «amis et concurrents» :«Excusez-moi de vous dire que tout ce que j’entends n’est pas du tout à la hauteur». Regrettant les diminutions d’effectifs de policiers sous Sarkozy, il se propose de réparer cette erreur en recrutant 50 000 policiers, gendarmes et militaires.


Alain Auffray


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Laure Equy


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Dominique Albertini

By | 2016-10-14T02:17:21+00:00 October 14th, 2016|International|0 Comments

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