Pourquoi Hollande est si tolérant avec les écolos

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Pourquoi Hollande est si tolérant avec les écolos

Cécile Duflot, ministre du logement, à Cergy-Pontoise, le 24 janvier.

Les écologistes doivent-ils et peuvent-ils demeurer dans l’équipe gouvernementale ? François Hollande, depuis son premier jour à l’Elysée, en est intimement convaincu : les socialistes ne sauraient détenir et exercer seuls le pouvoir. Il ne s’agit pas là d’addition mathématique, mais bien de démonstration politique.

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« Cette majorité diverse, qui n’est pas une majorité arithmétique puisque le PS n’a pas besoin des Verts à l’Assemblée, le président l’a voulue, construite, fait vivre, indique-t-on à l’Elysée. Comme toute majorité, elle peut connaître des moments de tension. Mais ce qui compte, c’est la volonté politique de travailler ensemble et le projet commun. Cette volonté-là existe. » Et ce malgré les « turbulences » récurrentes suscitées au sein de l’exécutif par Europe Ecologie-Les Verts.

L’épisode du week-end dernier, avec l’interview au Monde de Cécile Duflot expliquant qu’elle aurait « plutôt deux fois qu’une » participé à la manifestation contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et déplorant que « les socialistes ont trop l’habitude de gouverner seuls », et ce à quelques heures des débordements de Nantes, le démontre une fois encore : au cours des échanges téléphoniques du dimanche entre Mme Duflot, d’une part, Jean-Marc Ayrault et François Hollande de l’autre, nulle remontrance, aucun recadrage à l’égard de la ministre du logement. « On ne peut applaudir à une prise de position, dans Le Monde, contre le premier ministre, résume le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis, ancien mécanicien de la gauche plurielle. Mais il n’y a aucune raison d’ouvrir une crise à froid. »

UNE POSITION HÉGÉMONIQUE, PAS MONOPOLISTIQUE

Mme Duflot n’avait pas essuyé le moindre reproche à l’issue de son vif affrontement avec Manuel Valls au chapitre des Roms, à l’automne. La ministre écologiste n’est pas davantage tancée dès lors que sa critique s’exerce à l’égard du gouvernement auquel elle appartient ou de sa ligne. Entre les coûts et les bénéfices politiques occasionnés par cette tumultueuse relation, le chef de l’Etat a tôt fait le calcul, et il s’y tient.

Si l’ancien premier secrétaire du PS vise une position hégémonique pour son parti, le président ne souhaite pas qu’elle soit monopolistique. « Hollande a toujours acté comme une conviction le fait que le PS ne devait pas gouverner seul, diagnostique un proche de Mme Duflot. Il a parfaitement vu le risque politique à avoir des écologistes à l’extérieur, une force politique qui ne s’est pas effondrée, avec une liberté de parole totale et qui pourrait être le réceptacle de la déception à l’égard des socialistes. »

François Hollande qui, in fine, aime à décider seul, entend paradoxalement afficher le fait qu’il est en mesure de gouverner collectivement. Comme le François Hollande de Corrèze, qui avait longtemps maintenu sous perfusion des élus locaux du PCF dans un territoire historiquement marqué par un communisme rural afin de ne pas apparaître isolé dans l’exercice du pouvoir. L’apparence de l’union vaut bien quelques dissonances, voire quelques dissensions. Du moins à ce stade.

« TANT QUE LES ÉCOLOGISTES GAGNENT, ILS REJOUENT »

« Tant que les écologistes gagnent, ils rejouent, s’agace un ministre sidéré par l’impunité dont jouissent ces derniers. A un mois des municipales, pas question de fragiliser les équipes municipales et l’exécutif. Pour l’instant, personne n’a d’intérêt à ce qu’il y ait des vagues. Mais après le scrutin, il faudra peut-être siffler la fin de la récréation… »

Ce scénario d’un durcissement, voire d’une rupture et d’un départ des écologistes du gouvernement, l’Elysée, pas plus aujourd’hui qu’il y a vingt mois, semble être disposé à l’envisager, « sauf si les principaux intéressés veulent le quitter », confirme l’entourage du chef de l’Etat. Et les « principaux intéressés » l’ont parfaitement compris : l’animal politique François Hollande, d’ores et déjà tourné vers sa réélection, n’a pas l’intention de déroger à sa ligne. « S’il regarde 2017, il n’a aucun intérêt à prendre le risque d’une candidature écolo de premier tour offensive », résume un proche de Cécile Duflot.

Préserver au maximum ses chances : c’est bien ce qui se trouve au fondement du calcul politique du chef de l’Etat. « Si un espace s’ouvre sur sa gauche, ça menace sa réélection, estime M. Cambadélis. C’est pourquoi les dirigeants de la droite tapent comme des sourds pour que les écolos sortent. La sortie des Verts, c’est la qualification de Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle et le spectre du 21 avril 2002 qui s’ouvre à nouveau. »

Une hypothèse contre laquelle M. Hollande entend se prémunir, même si la question environnementale ne figure absolument pas dans ses priorités, en accordant ses largesses aux amis de Mme Duflot dans leur façon de s’astreindre à la discipline gouvernementale. La critique écologiste du gouvernement a encore de beaux jours devant elle.

By | 2014-02-27T14:37:45+00:00 February 27th, 2014|Politique|0 Comments

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