Outcast #1, la review

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Outcast #1, la review

Virtuellement maître du (petit) monde des Comics, Robert Kirkman est un miracle à lui tout seul. Scénariste le plus cher (et le plus riche) du monde grâce au succès cataclysmique de The Walking Dead, le natif du Kentucky pourrait se contenter de compter ses droits d’auteur jusqu’à la fin de ses jours sans trop se soucier de l’écriture, un domaine pour lequel il n’est paradoxalement pas reconnu comme le meilleur. “Trop mainstream”, “trop facile”, “trop inégal” et j’en passe, voici les adjectifs que l’on colle au nom de Kirkman la plupart du temps. Gentleman dans la vie comme le business, l’ex meilleur ami de Tony Moore est pourtant de retour aujourd’hui pour nous prouver que sa carrière n’est pas que le fruit d’éléments concordants au bon moment, et qu’il lui reste beaucoup de choses à nous raconter.

De retour avec Outcast, un comic-book orienté sur la possession et l’exorcisme annoncé lors de l’Image Expo, Kirkman vient chasser ses vieux démons et régler quelques comptes avec la critique, à qui il a à coeur de prouver qu’il peut faire partie du haut du panier.  

Pour mieux parler d’Outcast, commençons par la fin. Cette fin où, le temps d’une lettre, le scénariste nous apprend que ce premier numéro est déjà plus précommandé que le dernier numéro de Walking Dead, avant même son passage chez l’imprimeur. Visiblement fier de ce succès d’estime et de ce vote de confiance d’un lectorat curieux et fidèle, Kirkman prévient pourtant : il ne s’agit pas ici de raconter une apocalypse impossible ou une quelconque histoire qui prendrait racine dans de grandes envolées d’imagination, mais bel et bien de revenir aux sources de l’effrayant, qui puise sa force dans le réel. Sans orienter son titre d’une manière ou d’une autre religieusement parlant, l’auteur préfère d’avantage nous conter ses sombres fantasmes issus de son enfance en Virginie, une région particulièrement propice aux ambiances pesantes et aux mystères démoniaques. 

D’entrée, aucune concession n’est faite au lecteur. Aucun temps mort ne lui sera accordé pour comprendre le monde qui l’entoure, qu’il devra découvrir aussi incrédule que notre héros d’un jour, opposé bien malgré lui à des cas de possession. La narration est coupée à la cerpe et l’ensemble bénéficie d’un soin aux petits oignons de la part d’une équipe créative que l’on sent en osmose, mais nous y reviendrons. Fort de ses propres qualités, Kirkman offre de beaux moments de dialogues, lui qui semble si à l’aise avec la rhétorique du quotidien. Entre ombre et lumière, le titre sera ensuite une succession de procédés narratifs intelligents, voguant d’ellipses en flashbacks pour mieux nous faire comprendre la malédiction à laquelle notre “héros” doit faire face. À noter que, de jour, la Virginie semble toujours aussi menaçante, toujours aussi luxuriante avec sa végétation ténébreuse et ses petits lots de maisons engoncées entre des montagnes aux allures de fin du monde. La nuit, elle, sera le terrain de toute la cruelle imagination du scénariste, qui s’en donne à coeur joie entre références appuyées et sa propre interprétation de la possession, où l’on retrouve notamment un prête clope à la main, l’air hagard et pourtant sûr de ses pratiques peu communes.

De son côté, Paul Azaceta (Daredevil, Spider-Man) fait un retour fracassant dans le domaine du creator-owned, lui qui semble en symbiose avec le script de Robert Kirkman. Tout y est criant de vérité et les images semblent sortir directement de la tête du scénariste de Walking Dead, appuyé ici par un artiste qui n’en finit plus de progresser, et qui met toute sa palette technique au service d’une narration qui, mine de rien, appelle énormément de finesse. Entre des décors naturels somptueux (bien aidés par les couleurs impeccables de Bettie Brettweiser) et une façon de dessiner le quotidien avec froideur et détail (en ne laissant de côté aucun effort, si ce n’est quelque cases sans fond – malines et justifiables), Azaceta semble être le parfait complément de son collègue star. Mieux encore, c’est la nuit que lui aussi se révèle, avec une façon d’approcher les plus grands, Mignola en tête, lorsqu’il s’agit d’utiliser le noir, l’ombre et les ténèbres. On notera que le folklore exorciste s’accommode parfaitement de son trait, avec quelques scènes qui rappellent William Friedkin entre autres, et où la narration par petites cases carrées qui accompagnera l’ensemble du titre semble finalement évidente. Une dernière mention des qualités du dessinateur, avec les visages de ses personnages, tantôt fermés, tantôt effrayants, mais toujours sincères et dans l’action. 

Enfin, comment ne pas mentionner la qualité de l’édition d’Image Comics ? Si j’ai déjà l’habitude de vous vanter les mérites de la compagnie de Todd McFarlane, celle-ci semble atteindre de nouveaux sommets à mesure que ses deux gargantuesques concurrents jouent la carte du nivellement par le bas, entre prix démesurés et papier dramatiquement fragile. Ici, point de publicité pendant votre numéro, un papier particulièrement épais et moins sujet au reflet que chez Marvel par exemple, et surtout 44 pages (!!!) de Bande Dessinée pour 3 dollars seulement. À ce petit jeu là, Image ramasse peut-être moins de bénéfices que les licenciers que sont Marvel et DC, mais respecte bien d’avantage le 9ème Art.

Outcast #1 est à l’image des nouveaux choix éditoriaux d’Image Comics : risqué, différent, et excellent. Le titre se paye le luxe d’être aussi sincère dans son approche que dans son exécution et offre un vrai bol d’air à un scénariste que l’on connait trop pour sa série principale débordant de Zombies, et trop peu pour ses autres histoires. Fini l’apocalypse, place à l’horreur la plus crue et la plus malsaine, en compagnie d’un dessinateur qui a très bien saisi les tenants et les aboutissants d’une nouvelle série qui pourrait devenir l’énième succès commercial d’un scénariste qui n’en finit plus avec la réussite !

By | 2014-06-28T07:58:49+00:00 June 28th, 2014|Éditoriaux|0 Comments

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