L’intriguante rentrée politique de Marine Le Pen

///L’intriguante rentrée politique de Marine Le Pen

L’intriguante rentrée politique de Marine Le Pen

«Aidez-nous » a lancé Marine Le Pen à la foule réunie Brachay hier matin. « Sans le courage du peuple, pas de redressement possible, pas d’avenir » a-t-elle ajouté. En ce week-end de rentrée politique générale, la présidente frontiste a appelé à la mobilisation les employés et les ouvriers, les étudiants et les artisans, les retraités et les paysans, les travailleurs pauvres et les petits patrons « durs à la peine », bref tout ce peuple des « oubliés » qu’elle aime à évoquer chaque année depuis 2012 dans ce village de 80 habitants de la Haute-Marne qui lui a accordé ses suffrages à près de 80% à la dernière présidentielle.
 
Mais à dire vrai, cet appel au peuple sonne comme un appel au secours. Car face à la crise politique dans laquelle se trouve plongé le pays, Marine Le Pen semble être bien seule. Certes, les bulletins de vote ne lui manquent pas, et leur nombre ne cesse de croître de scrutins en scrutins. Certes, elle manie en virtuose l’art politique en préférant s’adresser au pays depuis l’estrade d’un petit village de l’Est de la France plutôt que du haut de la tribune d’un palais des Congrès d’une belle ville du littoral. De cela, tous les électeurs ou futurs électeurs présents, ce samedi à Brachay, lui font crédit : « Au moins, elle, elle vient nous voir, elle est près du peuple ! » entend-on partout autour du stand qui distribue saucisses et merguez grillées à 2 euros pièce.
 
Mais l’acte de candidature de la présidente du FN envoyé depuis Brachay au poste de Premier ministre (en cas de dissolution, de législatives anticipées et d’une défaite de la gauche) laisse pantois plus d’un participant au rassemblement. Et colore même étrangement son appel à l’aide du peuple. Toute l’énergie du FN est donc tournée vers une hypothétique dissolution. A supposer qu’elle advienne et que le discrédit du président de la République et de la gauche toute entière, mais aussi de l’UMP engluée dans les guéguerres de personnes et les affaires, poussent quelques dizaines de députés FN à l’Assemblée, Marine Le Pen se verra-t-elle déroulée le tapis rouge de Matignon pour autant ? Encore faudrait-il pour cela que le parti d’extrême droite accepte les alliances, alors que la présidente du parti ne cesse de rejeter l’UMPS à qui elle reproche de mener la même politique de « destruction de la France ».
 
La Mère Courage qui prétend faire plier Bruxelles, Berlin et Washington réunis

« Nos thèses sont validées une par une dans tous les domaines et reprises par les autres partis » a-t-elle une fois encore proclamé à Brachay. En clair, elle affirme qu’elle ne gagnera que par la seule force de ses idées. Mais on vient de le voir : en cas de dissolution, les idées portées par le FN ne feront pas tout. Et il ne s’est guère trouvé de spectateurs pour croire aux incantations de Marine Le Pen, même s’ils souhaitent, à n’en pas douter, une victoire du FN.

Mais la présidente frontiste connaît bien son public. Face aux représentants de l’UMP et du PS qu’elle accuse de s’être soumis à Bruxelles, à Berlin et à Washington, des « couards » qu’elle fait huer, elle se pose en Mère Courage qui seule saura sortir de la « prison européenne » : « Sans chef courageux, point de changement salutaire ». Alors même si son public doute de la prise du pouvoir, au moins lui reconnaît-il l’énergie et le courage qu’elle met à chercher à l’exercer. Ce qui lui garantit une progression de ses scores électoraux.
 
Est-ce finalement parce qu’elle se sent impuissante dans la situation actuelle et en est réduite à en appeler, en attendant mieux, au courage du peuple que son discours est apparu bien ordinaire, sans relief ni idée nouvelle ? A Brachay, elle a déroulé des thèmes cent fois répétés d’une campagne à l’autre, enchaînant les diatribes contre « l’Etat UMPS » donc mais aussi l’immigration clandestine massive, « l’incroyable montée » de l’insécurité et les diktats de Bruxelles sur l’Europe et de Washington sur le Moyen-Orient. Mais a-t-elle vraiment besoin de se renouveler quand le moindre élément d’actualité semble lui profiter ? Et quand le symbole du lieu choisi pour faire sa rentrée est aussi fort ? Evidemment non.

By | 2014-08-31T05:48:03+00:00 August 31st, 2014|Politique|0 Comments

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