Dans l’ombre de Copé, l’ascension fulgurante et controversée de Bastien Millot

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Dans l’ombre de Copé, l’ascension fulgurante et controversée de Bastien Millot

C’est une amitié de vingt ans qui se retrouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Dans une enquête de huit pages publiée dans son édition du jeudi 27 février, l’hebdomadaire Le Point accuse le président de l’UMP, Jean-François Copé, d’avoir fait appel à une agence de communication appartenant à deux de ses proches, dont son ancien directeur de cabinet, Bastien Millot, pour l’organisation de meetings de Nicolas Sarkozy en 2012. Des événements que la société en question, Bygmalion, aurait largement surfacturés, le tout aux frais de l’UMP.

Directeur de cabinet de Copé à 23 ans

La naissance de l’histoire entre Jean-François Copé et Bastien Millot remonte au début des années 1990. Originaire d’un hameau près de Saint-Quentin (Aisne), petit-fils d’agriculteurs, fils d’un père cultivateur et d’une mère employée à La Redoute, Millot est un élève brillant. A la sortie du lycée, il rentre à Sciences Po Paris, et intègre parallèlement le conseil municipal des jeunes de Saint-Quentin, où siège déjà un certain Xavier Bertrand.

En 1991, sur les bancs de l’école de la rue Saint-Guillaume, le jeune Picard, 19 ans, rencontre un énarque nommé Jean-François Copé, 27 ans, maître de conférences en économie. Au détour d’une conversation, Millot confie à son professeur sa passion pour la politique et la télévision. Copé, lui, est alors un parfait inconnu, mais a une ambition : s’emparer de la mairie de Meaux (Seine-et-Marne), détenue par la gauche depuis 1977. En 1995, alors qu’il vient de réussir son pari, Copé appelle Millot, et le nomme directeur de cabinet et directeur de communication. Le tandem est en route.

Condamné en 2004 pour détournement de fonds publics

En 2001, Bastien Millot franchit une nouvelle étape. Sans s’éloigner de Jean-François Copé, le jeune dircab’ aide Caroline Cayeux et le RPR à reprendre la ville de Beauvais (Oise). Au lendemain des élections, Caroline Cayeux, élue maire, le nomme premier adjoint. L’ascension se poursuit l’année suivante. En 2002, Jacques Chirac choisit Jean-François Copé comme secrétaire d’Etat en charge des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement Raffarin. Millot est alors le seul directeur de cabinet ministériel âgé de moins de 30 ans.

Jean-François Copé et Bastien Millot, le 20 février 2004, durant la campagne des élections régionales en Ile-de-France. (MAXPPP)

Pourtant, en 2004, les premiers nuages apparaissent au-dessus de Bastien Millot. Alors qu’il dirige la campagne de Jean-François Copé aux élections régionales de 2004, le jeune élu beauvaisien est condamné pour détournement de fonds publics. Le tribunal correctionnel lui reproche d’avoir autorisé un chauffeur municipal, ancien policier municipal à Meaux, à déclarer près de 1 500 heures supplémentaires fictives, aux frais du contribuable. Destitué par Caroline Cayeux, Bastien Millot perd son seul mandat.

Loin d’être découragé, et aimant se présenter comme “un touche-à-tout”, le Picard en profite alors pour se rapprocher de son autre passion : la télévision et les médias. A l’été 2005, repéré par Etienne Mougeotte, Millot est à deux doigts de rejoindre TF1, en tant que directeur de la communication du groupe. Mais le contrat à TF1 tarde à se finaliser. Alors président de France Télévisions, Patrick de Carolis en profite et, après un entretien au ministère du Budget où Millot dirige le cabinet de Copé, le nomme numéro trois du groupe. Un poste de directeur délégué général qu’il occupe jusqu’en 2008.

Bygmalion, sa petite entreprise, ne connaît pas la crise

Fort d’un carnet d’adresses long comme le bras dans la politique et les médias, Bastien Millot décide alors de voler de ses propres ailes, et fonde sa société en communication, Bygmalion. Parmi ses clients, de grosses sociétés, et des élus, de droite comme de gauche. Une “liberté totale” dit-il, qui lui permet d’être à la fois l’un des plus proches amis de Jean-François Copé, tout en conseillant la socialiste Anne Hidalgo à Paris. Résultat : le chiffre d’affaires de Bygmalion serait passé de 2,8 millions d’euros en 2009 à 10 millions d’euros en 2011, selon Les gourous de la com’, un livre-enquête signé par les journalistes Aurore Gorius et Michaël Moreau. En parallèle, Bastien Millot, déjà maître de conférences à Sciences Po en communication politique depuis plusieurs années, devient chroniqueur sur Europe 1, et intervient dans de nombreux médias pour commenter les stratégies de communication.

Mais Bygmalion, dont les comptes ne sont plus publiés depuis 2009 “par souci de confidentialité” selon ses dirigeants, a aussi de nombreuses zones d’ombre. En 2013, Le Canard enchaîné affirme ainsi que le jour où il a quitté France Télévisions, Bastien Millot a lui-même paraphé plusieurs contrats avec sa nouvelle société, créée trois jours plus tôt. Montant total : 143 902 euros, pour des missions de “conseil stratégique en communication sensible”, “réalisation de maquettes de sites intranet” ou “rédaction de mails aux téléspectateurs”. Ces missions auraient été prolongées par l’ancien PDG de France Télévisions, Patrick de Carolis, le plus souvent “sans la moindre mise en concurrence”, pour un montant global de 1,2 million d’euros, toujours selon Le Canard enchaîné. Des faits présumés sur lesquels le juge Renaud Van Ruymbeke mène actuellement une enquête pour “délit de favoritisme, prise illégale d’intérêts et complicité de prise illégale d’intérêts”.

Fin 2012, à Menton (Alpes-Maritimes), l’association Anticor, qui milite contre la corruption, a également déposé une plainte, visant le maire de la ville et la société Bygmalion, pour “délit de favoritisme”. Anticor soupçonne le maire UMP, Jean-Claude Guibal, d’avoir sollicité Bastien Millot pour un “audit de communication”, sans appel d’offres.

Depuis 2010 et la nomination de Jean-François Copé à la tête de l’UMP, Bygmalion a également passé de nombreux contrats avec le parti de la rue de Vaugirard, ainsi qu’avec le groupe UMP à l’Assemblée nationale, là encore, selon Le Canard enchaîné, sans le moindre appel d’offres – la procédure n’est pas illégale pour le cas d’un parti politique. Les contrats qui lient Bygmalion et l’UMP font partie “des secrets les mieux gardés”, selon les mots employés par un cadre du parti en novembre 2012, dans Le Canard

Millot, “à la lisière entre l’ami et le psy”

Aujourd’hui, Bygmalion est accusée d’avoir surfacturé l’organisation de meetings de Nicolas Sarkozy durant la dernière campagne présidentielle. Selon Le Point, la société de Bastien Millot aurait empoché au moins huit millions d’euros, dont cinq auraient été réglés par le parti de Jean-François Copé. Si ce dernier parle d’un “coup monté”, et si Bastien Millot dénonce des “rumeurs” et “affabulations”, d’autres font part de leurs doutes. Interrogé par L’Express, l’ex-trésorier de l’UMP, Dominique Dord, assure avoir alerté Nicolas Sarkozy dès 2012 en ces termes : “Tu es sûr que tu ne laisses pas les copains de Jean-François se gaver ?” L’ancien chef de l’Etat aurait alors balayé toute éventualité de poursuites judiciaires.

Alors quel rôle précis Bastien Millot joue-t-il aujourd’hui auprès de Jean-François Copé ? L’intéressé, qui continue à vouvoyer son ancien patron, se définit lui-même comme “un visiteur du soir” et évoque “des discussions informelles, à bâtons rompus”. Ses conseils seraient distillés gracieusement, à titre purement amical. “Nous nous connaissons depuis vingt-trois ans. Je fais sans doute partie des gens qui lui disent les choses sans avoir à prendre de précautions particulières”, ajoute-t-il. A l’automne 2013, interrogé par Le Monde Magazine à propos de sa relation avec le président de l’UMP, Bastien Millot confiait : Mon boulot est à la lisière entre l’ami et le psy.”

Histoires d’Info. “À droite, le système n’est finalement pas mis en cause” (Jean Daniel, 1966)

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  • By | 2017-02-24T09:48:28+00:00 February 24th, 2017|Société|0 Comments

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